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Ainsi, le smartphone et la voiture ont un point commun et non des moindres, ils déshumanisent l'espace.
David le Breton commence fort, il commence surtout très juste, l'automobiliste ne voit rien de la ville, il est dans une relation aseptisée à son environnement, l'auteur parle d'autisme social, un autisme de plus, comme chaque relation que l'homme entretien avec un écran.
Et le vélo ? un pied de nez aux valeurs ultralibérales qui mènent l'automobiliste à travailler sans cesse davantage pour en payer la charge.
Ce livre riche en références arrive à point nommé pour s'échapper et David le Breton fait du vélo comme Maurice Leblanc, le seul objet privé susceptible de se maintenir en dépit des changements sociaux imaginés, il est une paire de jambes plus rapide, il est un homme plus vite.
Les automobilistes n'étaient jamais divertissants. Ils criaient le nombre de litres, ils payaient, disaient merci. La plupart ne sortaient même pas de leur voiture. C'était vous qui pouviez dévisser et revisser le bouchon. Même s'il y avait une réparation à faire, le conducteur restait dans la voiture, lui et sa famille. Lorsqu'il fallait employer le cric, ils descendaient tous et allaient se promener sur la route, revenaient quand c'était fini, disaient merci, s'en allaient en vitesse pour rattraper le temps perdu. Avec les cyclistes c'était différent. Le cycliste avait du charme. Le cycliste faisait le travail lui-même et demandait qu'on lui donnât un coup de main, pour tenir le vélo d'une façon ou d'une autre ; il parlait en travaillant. Quand il avait fini, il s'essuyait le front, disait :
« Il fait chaud, il n'y a pas un bistrot dans les parages ?
— Non, disait Anna, mais si vous voulez un verre de limonade. » Elle allait chercher la bouteille. En guise de remerciement, le cycliste causait pendant un moment, disait d'où il venait, où il allait. Quand il partait, Anna pouvait le suivre du regard plus longtemps, l'imaginer encore, lorsqu'il était disparu dans le lointain de la route. Au garage, il ne venait guère de cyclistes.
En voulant lutter contre ses tremblements, ses troubles nerveux, Emile Zola découvrait cet engin nouveau que la France chérissait. "Ce diable de Bonnet d'abord, puis le docteur Pozzi, tous mes amis me disaient vous devriez faire de la bicyclette, partout où j'allais les mêmes paroles m'assaillaient. Puisque de tous côtés on me poussait vers la bicyclette, il fallait bien tenter d'en goûter le charme ou l'utilité".
Il ne conçoit plus son métier d'écrivain sans ses sorties cyclistes. Bien dans son corps, bien dans son esprit, il avance dans sa nouvelle vie. Ecriture, lecture, bicyclette. Sa musique intime. Ses journées s'écoulent, circulaires.
〰️シUn homme qui a du charme à retrouver avec Simenon dans le charretier de la providence, quand pédaler c’est relancer sa machine à penser, on en reparlera !!