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Ce qui me frappe le plus dans les manières de lire, nous dit Georges Perec, "ce n’est pas que la lecture soit considérée comme une activité de loisir, mais que, d’une manière générale, elle ne puisse exister seule ; il faut qu’elle soit insérée dans une autre nécessité ; il faut qu’une autre activité la supporte : la lecture est associée à l’idée d’un temps à remplir, un temps mort dont il faut profiter pour lire."
Ainsi nous dit Georges Perec, le meilleur moment à remplir est sans doute dans l’attente du sommeil, de son train, d’un rendez-vous et que la récurrence de ses trajets offre deux avantages : le premier est qu’un trajet en métro dure un temps presque parfaitement déterminé (environ une minute et demie par station) : cela permet de minuter ses lectures : deux pages, cinq pages, un chapitre entier, selon la longueur du trajet. Le second avantage est la récurrence bi-quotidienne et penta-hebdomadaire des trajets : le livre commencé le lundi matin sera terminé le vendredi soir." Youpi ! oui mais !
"Il lisait entre chaque plat, et souvent même entre chaque bouchée, et nous nous sommes demandé, mes compagnons et moi, quel pouvait être l’effet de cette double activité, comment ça se mélangeait, quel goût avaient les mots et quel sens avait le fromage : une bouchée, un concept, une bouchée, un concept… Comment est-ce que ça se mâchait, un concept, comment est-ce que ça s’ingurgitait, comment ça se digérait ? Et comment pouvait-on rendre compte de l’effet de cette double nourriture, comment le décrire, comment le mesurer ?"
Car s’il y a bien une question que l’on se pose avec Georges Percec, c’est que devient le texte quand il est lu dans n’importe quelles conditions, qu’en reste-t-il ? Comment est-ce perçu, un roman qui s’étale entre Montgallet et Jacques-Bonsergent ? Comment s’opère ce hachage du texte, cette prise en charge interrompue par le corps, par les autres, par le temps, par les grondements de la vie collective ? Et si se sont des questions qu’il trouve utile à se poser en tant qu’écrivain, c’est à mon avis des questions encore plus utiles à se poser en tant que lecteur !
Que voulons-nous retenir d’un livre, juste le bruit des vagues à la plage, du brouhaha dans une salle d’attente ou voulons nous en retenir des citations, de nouveaux mots, des définitions, des tournures de phrases ou plus vitale encore notre frontière comme le dit Jeanne Benameur :" Quand il y a un mur de livres dans une pièce je me sens à l'abri. Plus sûre que derrière n'importe quelle porte blindée. Les armées n'ont jamais protégé personne du malheur. Elles protègent les pays. Elles protègent les intérêts. Elles protègent les frontières. Mais notre frontière à nous, qui la protège ? Qui nous permet de rester humain, à l'intérieur de nous ?"
Car, plus on lit, et moins ce qu’on a lu laisse de traces dans l’esprit nous dit Schopenhauer; celui-ci devient comme une tablette chargée pêle-mêle d’écriture. Ainsi, on n’arrive pas à ruminer ; mais ce n’est qu’en ruminant qu’on s’assimile ce qu’on a lu. Si on lit continuellement, sans plus y songer par la suite, les choses lues ne prennent pas racine et sont en partie perdues.
Mais dès que nous prenons un stylo et que nous le faisons glisser sur le papier, nous laissons libre cours à nos pensées. Nous échappons à notre confusion interne, simplement en mettant nos idées en ordre, ce qui nous permet de prendre du recul. La distance ainsi prise nous permet de considérer objectivement les projets que nous avons en tête. En mettant par écrit le fruit de notre réflexion, nous lui donnons vie. En couchant nos projets sur le papier, nous nous donnons plus de chances de les réaliser véritablement.
〰️シ C’est lundi, qu’il n’y a pas de temps à perdre pour tous se remettre à lire, même un quart d’heure, profitons-en !!