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Toute cette histoire est partie d'un premier article dans Le Parisien dont le but n’était pas d’informer mais de mettre en scène avec un titre qui en dit déjà long : « La botte secrète des narcotrafiquants ». Le message du gouvernement, relayé par Le Parisien : « GrapheneOS n’est pas un outil technologique, c’est une menace ; ce n’est pas un système d’exploitation, c’est un symbole de la criminalité qui cherche sans cesse à échapper à la justice. » Et cette rhétorique est vieille comme le monde : on choisit un groupe, ici les narcotrafiquants, on l’associe à une technologie et on laisse le public faire le reste du chemin mental. C’est efficace, c’est sensationnaliste, et surtout, c’est intellectuellement malhonnête. D’autant plus que le journaliste prend appui sur une note de renseignement du 7 novembre 2025, confidentielle, mais qui est communiquée au Parisien, émanant de la police judiciaire qui se lamente sur l’incapacité des forces de l’ordre à accéder au contenu des téléphones sous GrapheneOS. Et je vous le dis, une note de renseignement de la police judiciaire, c’est au renseignement ce que McDonald’s est à la gastronomie française !
Dans l’article du Parisien, on apprend qu’un mis en cause dans une affaire de stupéfiants, un certain Omar, aurait été interpellé avec un Pixel sous GrapheneOS et que, lorsque les enquêteurs ont tenté d’exploiter le téléphone, celui-ci se serait mystérieusement réinitialisé, effaçant toutes ses données. Mystérieusement !
Pour la première fois, un système d’exploitation mobile, respecté mondialement, open source et audité par des experts, a été officiellement présenté comme un outil pour narcotrafiquants ; ce système c’est GrapheneOS. Pour la première fois, un journal national et une autorité judiciaire ont décidé de présenter un outil de sécurité numérique open source, audité, respecté, comme un instrument du crime.
GrapheneOS n’a pas été analysé, critiqué ou débattu. Non ! Il a été désigné ! Et la désignation, en politique comme en droit, n’est jamais un accident parce qu’il faut bien comprendre ce qui s’est produit. Ce n’est pas un article, c’est un signal envoyé aux citoyens, un avertissement, le choix d’un récit qui consiste à dire « vouloir se protéger, c’est suspect », « chiffrer, c’est dissimuler », « renforcer son téléphone, c’est forcément avoir quelque chose à cacher ». Voilà le nouveau consensus rêvé par ceux qui, au fond, voudraient que notre intimité numérique ne nous appartienne plus.
On ne parle pas d’un système obscur, niché dans un forum clandestin. On parle d’un projet reconnu par les experts, utilisé par des journalistes, des chercheurs, des ONG, par des gens dont la seule faute est de refuser que leur vie privée soit exposée au premier acteur puissant venu. Mais, en quelques heures, le récit a basculé : ce qui protège devient ce qui menace, ce qui renforce vos droits devient ce qui entrave l’État, ce qui sécurise votre téléphone devient ce qui aide les trafiquants.
La magistrate précise ensuite qu’elle reconnaît une certaine légitimité à vouloir protéger ses échanges, avant d’ajouter une menace : « Ça ne nous empêchera pas de poursuivre les éditeurs si des liens sont découverts avec une organisation criminelle ou qu’ils ne coopèrent pas. » Le mot est lâché : « coopérer ». Dans la bouche d’un magistrat, face à un outil de chiffrement, coopérer veut dire donner les clés, veut dire installer une porte dérobée, c’est exiger de casser la sécurité du système pour tout le monde, rendre vulnérable 400 000 utilisateurs parce qu’une poignée de criminels utilisent les mêmes outils qu’eux. Et elle conclut par une phrase qui résonne comme un défi « rien n’est inviolable ». C’est assez ironique de finir là-dessus parce que, si rien n’était inviolable, madame la procureure, vous ne seriez pas en train de vous plaindre dans la presse que vous n’arrivez pas à accéder au contenu de ces téléphones, sauf pour les IPhone, mais là silence radio ...
D’ordinaire c’est un projet assez austère, presque froid dans sa communication, mais là, le ton change brutalement. Sur les réseaux sociaux, l’équipe balance une série de messages qui ne laissent aucun doute sur ce qu’ils pensent de la tournure des événements. Je vous cite leurs mots, pas la version édulcorée. Ils parlent d’un pays de plus en plus autoritaire où les forces de l’ordre fascistes propagent des allégations scandaleuses et mensongères au sujet des projets open source. Pour eux, il ne s’agit pas d’un simple article raté ou d’une maladresse, ils y voient une offensive politique contre le chiffrement, un tournant assumé vers un modèle de surveillance où l’État ne supporte plus que des outils efficaces lui résistent.
L’affaire dépasse largement GrapheneOS. Quand un projet comme celui-là, mondialement respecté, écrit noir sur blanc que la France est de plus en plus autoritaire et n’est plus un pays sûr pour les projets open source axés sur la vie privée, ce n’est pas juste une dispute technique, c’est un diagnostic politique. Et, que cela nous plaise ou non, ce diagnostic commence à être entendu bien au-delà de nos frontières.
La question qui se pose ici est élémentaire : avons-nous encore le droit de disposer de nos appareils, de nos données, de nos outils numériques comme nous l’entendons ? Ou bien, allons-nous accepter que ce droit soit conditionné, interprété, surveillé, toléré seulement s’il ne gêne pas l’appareil sécuritaire.
〰️シUn appareil sécuritaire que l'on traîne partout micro activé et caméra allumée, on en reparlera !!