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Sur le papier, les caméras et capteurs qui décortiquent notre comportement à bord sont à notre service : ils nous font gagner du temps et rendent nos véhicules plus sûrs. Mais l’enquête de la ligue de défense des conducteurs a permis de relever de nombreux débordements, comme des collectes de données non justifiées par les constructeurs automobiles, la revente de ces données à des entreprises tierces sans que le propriétaire du véhicule en soit informé, ou encore le non-respect de la vie privée. Parallèlement, au nom de la sécurité routière, l’État a développé un véritable business autour de nos données, faisant appel à toujours plus de coûteuses innovations technologiques, car au cœur de la problématique des données automobiles, évidemment, les gros sous. Certains experts de la filière estiment que les données du véhicule sont d’ores et déjà plus rentables que la voiture elle-même. Les assureurs salivent ainsi à l’idée du business du « Pay as you drive », consistant à moduler le montant des primes d’assurance selon la distance parcourue, c’est-à-dire en suivant les conducteurs à la culotte. En France, les forces de l’ordre s’appuient sur les technologies les plus abouties pour verbaliser. À l’échelle internationale, espionnage et piratage via l’automobile sont au cœur de toutes les préoccupations.
Si les caméras pour prévenir la somnolence ont d’abord été l’apanage des Mercedes et autres marques premium, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Certains utilitaires Peugeot proposent des caméras similaires en série depuis 2018. Et si les caméras montées en série ne suffisent pas, il y a toujours moyen d’en installer a posteriori. Les chauffeurs-livreurs d’Amazon sont ainsi filmés en permanence aux États-Unis. Non seulement leur conduite est constamment surveillée, mais aussi leur aptitude physique. Divers articles de la presse américaine font état de chauffeurs harcelés par ce contrôle permanent, de la même manière, les VTC d’Uber aux États-Unis sont désormais richement dotés en caméras. L’objectif est officiellement de lutter contre la recrudescence de ce certaines agressions sexuelles qui banalisent un pistage du conducteur à chaque instant, Taylor sort de cette voiture !
Mais le constructeur champion des caméras demeure toutefois Tesla qui accuse le conducteur plus vite que son ombre. Ainsi, selon CNN, l’idée de monter des caméras en lien avec l’Autopilot vise précisément à prouver que si accident il y a, c’est en raison de la distraction du conducteur et non d’un défaut de fonctionnement de l’Autopilot : les images peuvent le prouver, quelles images ?
Cependant si les caméras intérieures mettent en joug le conducteur, les caméras extérieurs font froid dans le dos avec chez Tesla des caméras tellement perfectionnées que celles-ci permettent d’identifier des personnes qui se trouvent à plusieurs mètres de la voiture et si ces images sont censées ne jamais sortir du véhicule, elles se retrouvent sur les réseaux dans l’hilarité générale.
Le tableau ne serait toutefois pas complet sans parler de la nouvelle mode des « dashcams », c’est-à-dire des caméras de tableau de bord. Celles-ci, généralement fixées contre le pare-brise, permettent de déterminer les responsabilités lors d’une collision. La chaine de centres autos Autobacs en a fait la promotion récemment : « Le nombre de conducteurs équipés d’une dashcam a plus que doublé par rapport à 2020 et est désormais supérieur à 70 000 », se satisfait le groupe japonais. « Certains modèles ont aussi des modes de surveillance en stationnement, bien pratiques pour protéger le véhicule, y compris en l’absence de son propriétaire ». Imparable !
Si les mises à jour OTA ont été inventées, c’est d’abord pour pouvoir proposer de nouvelles fonctionnalités payantes à bord des voitures et que pour celles-ci deviennent progressivement un nouveau lieu de consommation de services. D’après l’un des ingénieurs de BMW France, « on peut rajouter des petites fonctions » à l’occasion d’une mise à jour à distance. Ces « petites fonctions » s’appellent en réalité des options à la demande. Un volant chauffant sur votre BMW ? Ce sera 15 € par mois. Une direction de l’essieu arrière avec grand angle de braquage sur votre Mercedes ? 489 € par an. Un mode « sentinelle » pour espionner le voisinage grâce à votre Tesla ? Payant aussi !
La liste est quasiment infinie, tant la diversité des services proposés dépasse quelquefois l’entendement. L’objectif final des constructeurs : plutôt que proposer un catalogue d’options lors de l’achat d’une voiture neuve, pourquoi ne pas plutôt fabriquer cette dernière avec toutes les options déjà intégrées mais en ne les activant qu’à la condition de s’abonner, pour un montant et une durée bien définis ? Ainsi, si le premier propriétaire du véhicule ne débloque aucune option, peut-être le second sera t’il un meilleur pigeon en assurant un revenu additionnel pour le constructeur, bien après la vente du modèle neuf.
Le groupe Stellantis (ex-PSA), avec ses nombreuses marques (Peugeot, Citroën, DS, Fiat, Opel, Alfa Romeo, Jeep…), ne s’en cache pas, c’est une aubaine : « Les offres produits et abonnements basés sur les softwares devraient générer des revenus d’environ 4 milliards d’euros d’ici 2026 et d’environ 20 milliards d’euros d’ici 2030 », explique son communiqué de presse de décembre 2021, précisant que « 34 millions de voitures connectées monétisables sont attendues d’ici 2030 ». Mais pour que les voitures soient « monétisables », pour que l’automobiliste accepte docilement de remettre la main au portefeuille alors qu’avant, il réglait sa facture une bonne fois pour toutes, il faut connaître ses habitudes, ses goûts et ses envies. Bref, le surveiller à l’aide de l’IA et interagir avec lui le plus souvent possible.
Car comme il fallait s’y attendre, les assureurs sont déjà allés trop loin aux États-Unis. Le New York Times a publié une enquête à ce sujet en mars 2024 où General Motors (Chevrolet, Buick, Cadillac…), premier constructeur américain, vend déjà à des tiers les données de ses clients, que ces derniers soient consentants ou non. L’alerte est venue d’un citoyen américain qui ne comprenait pas pourquoi sa prime d’assurance avait brusquement augmenté de 21 %. À force de recherches, un courtier finit par annoncer à cet automobiliste que le montant de sa prime était calculé en fonction du rapport fourni par la société Lexis Nexis, qui agrège des données venues de l’automobile pour les revendre ensuite aux assureurs.
Le citoyen malheureux a donc exigé de lire le rapport établi sur son comportement au volant établi par Lexis Nexis. En retour, lui ont été envoyées 258 pages édifiantes, détaillant absolument tout : heures de démarrage et d’extinction de la voiture, trajets effectués, accélérations, freinages… Selon la plainte déposée par l’intéressé en Floride, aucun consentement n’aurait été donné à qui que ce soit pour transmettre les données personnelles.
Certes, l’Ouganda ne se distingue pas par son modèle démocratique, mais nous ne sommes pas dupes. La méthode africaine, au paroxysme de la surveillance des citoyens, pourrait bien inspirer les dirigeants de notre propre pays, Il ne serait donc pas étonnant que demain, l’État choisisse de mettre en place un système proche de ce qui est vu en Ouganda une puce sur chaque véhicule permettant de le tracer en permanence. Impensable ? Les chauffeurs routiers sont déjà soumis à un traçage permanent de leur comportement via le chronotachygraphe. Les chauffeurs livreurs sont pour la plupart espionnés et tracés par leur employeur en permanence. Google Maps suit l’emplacement des smartphones des usagers de la route afin de déterminer où le trafic se densifie.
Il y a donc lieu de penser que l’automobiliste lambda, sous couvert d’amélioration de la sécurité routière ou de sa propre sécurité, sera prochainement soumis au même type de flicage, qu’il soit consentant ou pas et même surtout pas.
〰️シEt même surtout pas quand toutes les marques collectent plus de données que nécessaire avait déjà éte dénoncé par la fondation Mozilla, comme des informations d’ordre médical,nos préférences sexuelles, à quel point on roule vite, où on roule et quelles sont les musiques que l’on ose écouter, on en reparlera !!