/image%2F1283963%2F20260108%2Fob_d0ba61_addtext-01-08-10-26-12.png)
Puis il vit à l’entrée de l’hôpital plusieurs patients fumer nonchalamment, leur cathéter dans une main, une cigarette dans l’autre, comme soulagés et à la fois en piètre état, comme heureux et malades, le teint verdâtre, gris, et comme chaque soir le docteur se sentit atterré, consterné par l’inconséquence de “ces gens-là”, qui, “même ici”, ne pouvaient se passer de fumer alors que, justement, c’était souvent la raison même de leur présence à l’hôpital, oui, les voir fumer était honteux, “éthiquement honteux”, sans parler des dépenses, un tel “gâchis” pour la sécurité sociale, et d’ailleurs, pensait Rombouts, ces gens-là arrêteraient s’ils avaient à payer eux-mêmes leurs soins et hospitalisations, non, il ne comprenait pas pourquoi ils continuaient malgré les grandes douleurs de leurs traitements, cela devrait, en toute logique, rationnellement, leur faire passer l’envie de fumer, mais manifestement ce n’était pas assez, il fallait “faire avec” et continuer à les soigner, après tout il avait prêté serment, conscient pourtant que “l’être humain est ce qu’il est”, sans rémission possible, ça le docteur l’avait irrémédiablement compris lorsqu’il avait lancé une pétition pour interdire le tabagisme devant l’entrée de l’hôpital, pétition qui n’avait, “hélas”, pas récolté assez de voix, une grande partie de ses collègues arguant et invoquant la liberté irréfragable de l’être humain, malade ou pas, à quoi le docteur avait répondu qu’il y avait liberté et liberté, et que, s’ils voulaient son avis, “laisser de telles choses se passer” revenait à permettre – pour user d’une métaphore dont il ne fut ensuite pas convaincu de l’efficacité – l’accès d’une armurerie à un psychotique suicidaire ou terroriste, ou bien à remettre les clés de la pharmacie à un polytoxicomane, non, vraiment, Rombouts ne voyait pas ce que “la liberté irréfragable” venait faire là-dedans...
C'est un livre qui commence par une longue phrase, c'est peut-être un livre d'une seule phrase ou bien de deux.
Celle de Rombouts, riche médecin, un verre de whisky à la main, immensément seul dans sa maison depuis que sa femme est partie pour des broutilles ou peut-être un peu plus, mais rien qui ne justifie qu'elle le prive de ses deux enfants, ses deux fils, sa chair, son sang, rien.
Vient alors l'autre phrase, celle de Théo, puis de Max, un soir de 21 juin, pour fêter comme il se doit le solstice d'été, la journée la plus longue de l'année, ou la nuit la plus courte, la nuit ? cette nuit du 21 juin, l'histoire d'une éternité à lire.
〰️シUn livre à lire, c’est fait, profitons-en !!