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Tout commence lors d'une intervention donnée au salon Educ@tech en 2023, qui, comme son nom l'indique, regroupe chaque année les professionnels du numérique éducatif. Devant cette assemblée, Arnaud Levy s'est exclamé en conclusion de son discours:« Le numérique éducatif, ça ne marche pas ! », recueillant ensuite, hormis les réactions outrées et attendues d'une partie de l'auditoire, des témoignages de gratitude et de soulagement : enfin quelqu'un acceptait de nommer l'éléphant dans la pièce et de mettre les pieds dans le plat.
Enfin, quelqu'un osait dire tout haut ce que beaucoup expérimentent au quotidien, à savoir les concepteurs eux-mêmes, les parents, les élèves et les professeurs : le numérique éducatif est un échec, un gaspillage d'argent public sans bénéfice pédagogique réel.
Alors, plutôt que de s'en tenir à cette intervention, Arnaud Levy a eu la bonne idée d'en faire un livre. Un ouvrage étayé, fondé sur une approche à la fois théorique, pragmatique et systémique des rapports d'études scientifiques sur les impacts pédagogiques du numérique : "Les bénéfices du numérique éducatif sont modestes et dépendent grandement de la qualité de l'expérience pédagogique dans son ensemble. Les risques, en revanche, sont énormes. Le numérique éducatif endommage l'apprentissage de la lecture, la compréhension des concepts abstraits, la coopération, et augmente les inégalités. Et le numérique récréatif a des effets délétères sur le sommeil, sur la forme physique et sur le bien-être social. [...] Le jeu n'en vaut pas la chandelle.
Enfin, L'échec du numérique éducatif est aussi l'occasion pour l'auteur de partager une série de propositions à mettre en œuvre, alternant des actions de court terme inspirées du logiciel libre et reposant sur la liberté pédagogique souvent sous-estimée des enseignants et des axes de plaidoyer institutionnel à plus long terme.
Les solutions sont là : cesser d'imposer le numérique, à tous les niveaux, compter sur la liberté pédagogique des professeurs pour choisir et non subir, nous débarrasser définitivement des Gafam, en finir avec la EdTech financiarisée et privatisée, réorienter les efforts vers les alternatives du logiciel libre et des communs, entre autres.
Ce qui aux yeux de l’opinion est un échec nous dit Jean-Paul Brighelli dans la Fabrique du Crétin, c'est le projet. La faillite de l'école n’est un secret pour personne, ni pour les enseignants qui constatent chaque jour le délabrement intellectuel, leur incapacité à réfléchir, leur analphabétisme profond, ni pour les parents, ni pour les élèves qui bafouillent.
Ce qui est sûr aussi c’est que l’école fabrique massivement des illettrés, dont le nombre est presque proportionnel au taux d’informatisation.
— Vous exagérez !
— Vraiment ? En 1998, M. Jean Ferrier, inspecteur général, remettait un rapport à Ségolène Royal, tirant le bilan de neuf ans d’application de la loi d’orientation Jospin, qu’il connaissait bien, puisque le ministre de l’Éducation nationale de l’époque l’avait chargé de sa mise en œuvre.
Ce rapport, resté confidentiel, est sans appel : « De 21 à 35 % des élèves qui entrent au collège ne maîtrisent pas le niveau minimal des compétences dites de base en lecture et en calcul. »
Il est remarquable que la faillite de l’enseignement ait amené une surconsommation de produits informatiques ; quelques firmes équipent massivement les établissements, par dizaines de milliers d’unités ; la faillite du savoir n’appauvrit pas tout le monde : la politique éducative de la France se déciderait-elle chez Compaq ou Microsoft ?
Pourtant, il faut avec tristesse le constater, quelques cerveaux aigris persistent encore, contre toute logique apparente, à réfuter les commandements hagiographiques du nouvel évangile numérique.
Inexplicablement, cette engeance contestataire recrute bien au-delà des cercles décérébrés. Elle comprend en son sein nombre d’âmes éduquées : Prix Nobel de littérature, journalistes, professeurs d’université, psychiatres, docteurs en psychologie, chercheurs en neurosciences et cliniciens de terrain (médecins, orthophonistes, psychologues, etc.). Après avoir, pour la plupart, jeté un coup d’œil détaillé à la littérature disponible, ces gens nous expliquent que la génération contemporaine est bien « la plus bête » ; que l’actuelle « démence digitale [est…] un poison pour les enfants » ; que les écrans sont « mauvais pour le développement cérébral » ; que « les nouvelles technologies nous polluent » et « mettent le cerveau dans une situation permanente de multitâche pour laquelle il n’est pas conçu » ; que les adeptes du Net « savent plus et comprennent moins » ; que, « non, les enfants éthiopiens n’apprennent pas à lire seuls avec des tablettes » ; que non, la distribution frénétique d’ordinateurs portables aux gamins des pays en développement « n’améliore pas leurs compétences en lecture ou mathématiques » ; que oui, le numérique à l’école est un « désastre », « un canular à 60 milliards de dollars qui « n’améliore pas les résultats des élèves » ; et que, toujours, « les nouvelles technologies génèrent un optimisme et une exubérance à la fin anéantis par des réalités décevantes !
〰️シAvec une télévision et des smartphones à éteindre quand on n’apprend pas derrière un écran et que rien ne remplace les interactions entre un élève et un enseignant qualifié, on ira renverser la tendance aux Assises de l’Attention, on en reparlera !!