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Desmurget fait aujourd’hui de la lecture la mère de toutes les batailles et s’adresse avant toute chose aux parents en leur proposant un manuel pratique qui n’a rien du guide de parentalité un peu lénifiant ou du « bon usage ». La culpabilisation n’y a pas sa place, mais plutôt la reconnaissance d’une responsabilité et d’un effort nécessaire pour faire naitre et cultiver le goût de lire chez l’enfant.
D’une certaine manière, cet ouvrage représente une déclaration d’utilité publique des bienfaits de la lecture pour le plaisir. Il se propose d’expliquer, en des termes aussi simples que possible, ce que le livre fait au cerveau des enfants et pourquoi il est fondamental que ces derniers lisent dès le plus jeune âge. […] depuis l’émergence du langage, l’humanité n’a rien inventé de mieux que la lecture pour structurer la pensée, organiser le développement du cerveau et civiliser notre rapport au monde ; le livre construit littéralement l’enfant dans sa triple composante intellectuelle, émotionnelle et sociale.
Face à la concurrence acharnée des écrans, la lecture recule à grande vitesse, au même titre que le sommeil et les relations intrafamiliales, premières victimes du bain d’écrans récréatifs dans lequel nous baignons. Les enfants et les adolescents lisent moins, et quand ils lisent, ils lisent moins bien (un livre dans une main, le smartphone dans l'autre). Baisse drastique du nombre de livres lus par an, effondrement de l’orthographe et du vocabulaire, déficit chronique d’attention, retards scolaires, etc. les conséquences en cascade de cette désaffection ont fait dégringoler la France dans les classements internationaux, loin derrière la Chine ou les Etats du nord de l’Europe. Un comble pour le pays du livre, dans lequel une librairie ou une bibliothèque n’est jamais loin, si prompt à vanter les mérites de son école républicaine.
Particulièrement attentif aux pratiques familiales d’acculturation à la lecture et à son importance pour les enfants, Desmurget explique notamment comment cette baisse prend racine dans la désaffection précoce de la lecture partagée entre parents et enfants. Être parent, on en conviendra tous, c’est lire des histoires à ses enfants, un plaisir partagé fondamental pour faire émerger celui de la lecture chez les enfants. On rappellera également ici l’importance de l’identification chez l’enfant, que seules la présence et la voix du parent peuvent susciter (les « boites à histoires », très à la mode ces temps-ci, sont certes toujours mieux que des écrans, mais empêchent ce processus et participent aussi de la démission des parents dans la lecture partagée). Pratique courante les premières années, généralisée, bénéfique, la lecture partagée cesse malheureusement trop tôt, à peu près au moment où l'enfant rentre en primaire.
Face aux écrans, lire nous coûte de plus en plus. Abreuvés de dopamine, nos cerveaux peinent à trouver l’énergie pour mobiliser une attention soutenue sur un temps long. A la différence du reste, lire est un art qui ne s’achète pas, une acculturation lente à force de répétitions, de volume de mots « moissonnés » et mémorisés, bien plus élaborée que le décodage rudimentaire de l'écrit proposé par les cours élémentaires. Cette démission est ici le prémice du grand décrochage de l'adolescence, dans des proportions inversement proportionnelles à celles du temps d'écran.
La situation est grave mais elle n’est pas perdue, et c’est aussi la force de cet essai que de susciter la mobilisation positive, car les parents ont la clef du problème et il ne faudra pas compter sur l’école pour vous aider, où les écrans prospèrent grâce aux programmes de numérisation massive portés par la Ed Tech. Le livre imprimé, pourtant le meilleur support pour l’apprentissage y est d'ailleurs progressivement remplacé par les programmes ludo-éducatifs. Certes, l’école apprendra aux enfants à décoder l’écrit, mais elle ne pourra prendre en charge le goût de la lecture (on ne peut d’ailleurs qu’être effrayé, comme l’auteur, à l’idée que c'est aux professeurs de demain, enfants et adolescents d’aujourd’hui immergés dans le bain d’écrans, que reviendra la charge de transmettre ce goût de la lecture dont ils sont précisément privés
Dans ce contexte, chers parents, votre tâche est à la fois immense et à portée de main : à vous de faire naitre le goût de la lecture, par la pratique, l'exemple et l'incitation quotidienne. Seule la lecture prépare à la lecture, et seuls vous serez capables de la valoriser, d'en faire un plaisir et de la préserver des sollicitations numériques.
〰️シUne tâche et quelle noble tâche à se partager, profitons-en !!